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Le refus de vente

Posté le 4 septembre 2015 dans Médicaments par pharmacie

Le pharmacien à l’obligation de refus de vente.

C’est un devoir et non pas un droit (un droit qui serait bien bizarre). Lorsqu’on exerce la profession de pharmacien on a certaines valeurs, et surtout celle de protéger les populations, même contre le courant général. Un patient peut vouloir assumer ses risques, mais en tout état de cause il n’est pas en possession des informations pertinentes pour apprécier tous ceux de la prise d’un médicament inapproprié.

Le médecin peut, par erreur ou par méconnaissance de l’historique du patient, prescrire un médicament non adapté à la personne. Dans ce cas le pharmacien doit le prévenir et refuser de délivrer. C’est une question de gérer les risques. En pratique il y aune négociation entre le prescripteur pour déterminer la probabilité de survenue de problème sérieux. A la fin c’est le pharmacien qui décide ou non de délivrer, et les responsabilités sont partagées de façon un peu étrange: 100% pour chacun médecin comme pharmacien.

Exemple:

Un cas très étrange m’est arrivé. Une personne a reçu il y a un temps un médicament générique, en début de traitement. Une très grosse allergie est survenue, avec déclaration au centre de pharmacovigilance. Quelques mois plus tard, la même personne se présente avec une prescription de la même molécule en princeps, notée « non substituable ». Évidement le médecin contacté, prends ses précautions, explique que le patient lui a minimisé son épisode allergique , et que les génériques… Il n’empêche que il n’a pas envie non plus de prendre le risque, et demande au patient de repasser le voir.

Quel est le risque réel que la personne soit réellement allergique au principe actif? Il n’y a pas d’autre solution raisonnable que de voir un allergologue et faire des tests cutanés. Mais délivrer un produit dans ces conditions me semble impossible pour un pharmacien. Aujourd’hui on ne prend pas de risques non calculés.

Au delà du cas pratique et de la difficulté qu’on à résoudre, à prendre la décision, et expliquer le refus de vente, cet épisode montre les difficultés qu’ont patients et soignants de s’y retrouver face aux discours ambiants, souvent contradictoires. Il y a une irruption de l’irrationnel, face aux principes scientifiques. Un courant d’opinion tends à faire croire à la population qu’un complot est ourdi, internationalement pour maintenir les gens sous une influence. Des groupes religieux et politiques divers font rivalité d’arguments spécieux montrant la dangerosité de la science et de tout progrès. Le but du jeu est de mettre le doute dans les esprits, de refuser toute affirmation venant du pouvoir scientifique ou politique établi. C’est un mouvement qui a beaucoup de résonance en France, pays ou les gens sont aisément frondeurs. On a vu le vaccin contre l’hépatite qui provoque la sclérose en plaque, celui contre la grippe qui était dangereux, les statines qui font plus de mal que de bien, j’en passe et des plus graves. Le climax de ceci fut atteint avec l’institutionnalisation du principe de précaution.

Ce qui est intéressant en pharmacie c’est qu’on mesure la bizarrerie de notre société, qui met en place le principe de précaution, et dont chaque membre refuse de voir les risques pour lui même. D’où la difficulté qu’on a à expliquer à une personne qu’il a des risques à prendre un produit qui convient très bien à sa voisine. L’éducation scientifique de la population est à mettre en cause, mais aussi l’aspect idéologique. Le cas des génériques est emblématique. Chacun comprend, est d’accord que la sécu doit faire des économies. Tout le monde fustige les « major companies » qui font beaucoup d’argent avec les princeps. Mais quand il s’agit de faire pour soi, là on freine des quatre fer, l’irrationnel revient au galop. Alors que si on pose le problème de façon rationnelle et raisonnée, il apparaît très vite qu’on prends moins de risques avec un générique qu’avec un princeps. Dans le cas de l’exemple la personne est prête à assumer un risque important sur la simple fois d’un argument irrationnel. Les deux produits ont la même composition en terme de principe actif et d’excipient à effet notoire. Donc la probabilité pour que la réaction se soit faite sur un autre composant, est très faible, le risque de reprendre le traitement bien trop grand. Il faudrait pour régler le problème de façon définitive faire un test d’allergie au principe actif et à l’excipient à effet notoire. Suivant les résultats on pourrait ou non faire l’expérience de remettre le traitement en place.

 

 

 

 

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